Il y a trois ans, j’ai assisté à l’anniversaire de ma nièce — Colette, 2 ans à l’époque. Dans la salle, un Gaston, une Eulalie, un Armand. J’ai regardé ma sœur et on a eu le même sourire. Ces prénoms qu’on croyait rangés avec les photos sépia et les vieilles armoires normandes sont de retour, bien vivants, dans les maternités françaises.
Et franchement, ce retour des vieux prénoms oubliés, c’est l’une des meilleures choses qui soit arrivée aux cours de récréation ces dernières années.
Mais avant de plonger dans les listes, petit point de contexte : tous ces prénoms n’ont pas le même statut. Certains sont juste « rétro chic » et déjà bien relancés — Léon, Rose, Jules. D’autres sont vraiment rares, presque introuvables sur les actes de naissance depuis 1960. C’est cette deuxième catégorie qui m’intéresse surtout ici.
Les informations essentielles à retenir
- Le prénom Colette a quasiment doublé en popularité depuis 2018, après avoir disparu depuis les années 50 📈
- Joséphine a été boosté par la panthéonisation de Joséphine Baker fin 2021 🌟
- Léon a connu un grand retour et était très donné en 2020, grâce au diminutif Léo 🦁
- Théophile est l'un des prénoms masculins les plus rares en France, presque introuvable aujourd'hui ⚠️
- Faites attention à la prononciation des prénoms rares pour éviter les confusions à l'école 🎓
Pourquoi les vieux prénoms oubliés reviennent autant
La tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’est vraiment accélérée depuis 2018-2019. Les services d’état civil le confirment : des prénoms comme Colette, Célestin ou Madeleine ont vu leurs chiffres doubler en moins de cinq ans.
Plusieurs raisons à ça. D’abord, la saturation des prénoms modernes ou anglo-saxons — combien de Logan, de Lola, de Enzo dans les classes de CE1 aujourd’hui ? Les parents cherchent autre chose. Quelque chose de singulier. Quelque chose qui ne soit pas déjà porté par quatre enfants dans la même école.
Et puis, il y a cette envie de transmission. Rendre hommage à une arrière-grand-mère, à un aïeul, à une époque. C’est beau. C’est concret. Ça donne du sens à un choix qui peut sinon sembler purement esthétique.
Bref, le prénom vintage n’est plus le prénom honteux qu’on cachait dans les actes notariés. C’est devenu un choix assumé, souvent même revendiqué.
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Ceux qui sont revenus — et qu’on entend de nouveau
Commençons par les cas les plus spectaculaires. Ces prénoms étaient quasiment morts ; ils respirent à nouveau.
Colette. Dérivé de Nicole, il a presque doublé en cinq ans. Avant ça, il avait quasiment disparu depuis les années 50. C’est un prénom court, percutant, qui sonne à la fois littéraire et ancré dans une certaine France rurale — celle de Colette, l’écrivaine bourguignonne, évidemment.
Joséphine. La panthéonisation de Joséphine Baker fin 2021 a clairement boosté les statistiques. Mais le prénom s’était déjà remis en marche avant ça — sa douceur, ses quatre syllabes qui roulent doucement, sa connotation à la fois aristocratique et populaire. Joséphine est un prénom qui contient des mondes.
Simone. Oui, Simone. Comme Simone de Beauvoir, comme Simone Veil. Un prénom qui a porté deux des femmes les plus importantes du XXe siècle français. Et qui revient pour des raisons évidentes — il y a quelque chose de fort, presque politique, à choisir Simone pour une fille en 2024.
Madeleine. Elle était quasi-morte dans les années 80-90. Elle revient, portée par son association à Proust, à la madeleine-gâteau, à toute une esthétique de la nostalgie douce.
Eulalie. Là, c’est plus rare. Très peu de petites Eulalie dans les maternités — mais le prénom existe, il est d’origine grecque (il signifie « qui parle bien »), et c’est l’un des plus beaux phonétiquement de toute la langue française, à mon sens.
Les vraiment rares — presque plus personne ne les donne
Léontine. La petite fille de Victor Hugo s’appelait Léopoldine, pas Léontine — mais les deux sont de la même veine. Beau, grave, presque romantique au sens littéraire du terme.
Célestine. Du latin « celeste ». Presque personne ne le donne aujourd’hui. C’est exactement pour ça qu’il vaut le coup d’y penser.
Solange. Du latin « solemnis ». Une sainte du VIIIe siècle le portait. Le prénom est rare, sérieux, avec une dignité tranquille qui lui est propre.
Clotilde. Médiéval, d’origine germanique. La reine Clotilde, épouse de Clovis, le portait au VIe siècle. Aujourd’hui ? Presque personne. Et pourtant — c’est un prénom magnifique à l’oral.
Yseult. Celle-là, je la mets dans une catégorie à part. Prénom légendaire — Tristan et Yseult, XIIe siècle — avec une origine floue et une musicalité incomparable. Extrêmement rare. Si vous cherchez un prénom ancien vraiment unique pour une fille, Yseult mérite au moins cinq minutes de réflexion.
Guenièvre. Même univers — les légendes arthuriennes, le Moyen Âge celtique. Racines gaéliques signifiant « blanc, lumineux » et « tendre ». La femme du roi Arthur. Un prénom qui n’a pas peur de prendre de la place.
Apolline. Grec, féminin d’Apollon. Lyrique, solaire, rare. Quand on rencontre une Apolline, on s’en souvient.

Les vieux prénoms de garçon oubliés à (re)découvrir
Ceux qui reviennent franchement
Léon. Le grand retour. Porté par son diminutif Léo — qui était le prénom le plus donné en France en 2020 — Léon a suivi dans son sillage. Court, fort, latin (du mot « lion »). Difficile à rater.
Gabin. Du latin « Gabinius », un vieux nom de famille romain. Rare encore dans les années 2000, Gabin a connu une progression constante et franche depuis. Il a quelque chose de solide, de chaleureux — et le fait qu’il soit porté par Jean Gabin n’a jamais vraiment gêné personne.
Lucien. « Lux », la lumière, en latin. Quasi-disparu après 1950. Il revient depuis une quinzaine d’années, doucement, régulièrement. Pas encore ultra-commun — mais plus aussi marginal qu’avant.
Marceau. Diminutif de Marcel, lui-même venant de « Marcus ». Plus doux que Marcel, plus poétique. C’est le genre de prénom qui sonne à la fois vieux et frais — la combinaison idéale, en fait.
Célestin. Rare, mais en progression. « Céleste » en latin. Il y a dans ce prénom quelque chose d’aérien, presque mystique, qui plaît aux parents qui veulent un prénom masculin vraiment hors-norme.
Les quasi-introuvables — pour les vrais aventuriers du prénom
Théophile. « Don de Dieu » en grec. Un prénom du XIXe siècle par excellence — Théophile Gautier l’a porté avec panache. Aujourd’hui, c’est l’un des prénoms masculins les plus rares qu’on puisse donner à un enfant en France. Presque personne.
Anatole. « Levant, est » en grec. Prénom de lettres et d’écrivains — Anatole France, prix Nobel de littérature 1921. Sonorité étrange et belle à la fois, avec ce « T » central qui claque.
Philémon. Grec, signifiant « qui aime ». Ultra-rare. Un prénom de fable — Philémon et Baucis, le couple uni par les dieux dans la mythologie. Poétique jusqu’au bout.
Gaston. Du germanique « gast », « l’étranger ». Grand-père de votre grand-père, probablement. Gaston connaît un tout petit regain, surtout dans certains milieux bobos — on ne va pas se mentir. Mais il reste rare, et il a du caractère.
Ambroise. « Immortel » en grec. Rare, grave, magnifique. Saint Ambroise de Milan, IVe siècle. Si vous voulez un prénom masculin ancien avec une vraie profondeur étymologique, Ambroise est dans le top 5.
Léandre. Grec — « leôn » (lion) et « anêr » (homme). L’homme-lion. Introuvable dans les maternités actuelles. Et vraiment beau à prononcer.
Eusèbe. Là, on est dans le grand rare. Grec, « pieux, religieux ». Quasi-disparu. Pour les parents qui veulent véritablement un prénom que personne d’autre n’a — c’est celui-là.
Tableau comparatif : prénoms oubliés selon leur degré de rareté actuelle
| Prénom | Genre | Signification | Niveau de rareté | En progression ? |
|---|---|---|---|---|
| Léon | Garçon | Lion (latin) | Moyen | Oui, fort |
| Colette | Fille | Dim. de Nicole | Rare | Oui, fort |
| Gabin | Garçon | Nom romain | Moyen | Oui |
| Joséphine | Fille | Dieu ajoute (hébreu) | Moyen | Oui |
| Simone | Fille | Dieu a entendu (hébreu) | Rare | Oui |
| Marceau | Garçon | Dim. de Marcel | Rare | Légèrement |
| Théophile | Garçon | Don de Dieu (grec) | Très rare | Non |
| Eulalie | Fille | Qui parle bien (grec) | Très rare | Non |
| Anatole | Garçon | Levant (grec) | Très rare | Non |
| Yseult | Fille | Origine incertaine | Quasi-introuvable | Non |
| Ambroise | Garçon | Immortel (grec) | Très rare | Non |
| Philémon | Garçon | Qui aime (grec) | Quasi-introuvable | Non |
Ce qu’on oublie souvent de vérifier avant de choisir
Choisir un vieux prénom oublié, c’est bien. Vérifier deux ou trois choses avant, c’est mieux.
D’abord — la prononciation à l’école. Eusèbe ou Philémon, c’est magnifique sur le papier. Mais est-ce que votre enfant de 7 ans aura envie de le répéter dix fois au premier jour de rentrée parce que la maîtresse ne sait pas comment le dire ? Posez-vous vraiment la question. Pas pour fuir le prénom rare — juste pour y avoir réfléchi.
Ensuite, la cohérence avec le nom de famille. Un prénom très ancien avec un patronyme très moderne (ou l’inverse) peut créer un décalage drôle — ou au contraire, une combinaison mémorable. Testez à voix haute. Vraiment à voix haute, pas dans votre tête.
Et enfin — les archives familiales. C’est souvent là que se cachent les meilleures idées. Les registres paroissiaux d’avant 1900, les vieux actes de mariage, les monuments funéraires. Ma grand-mère s’appelait Léontine. Avant que je commence à écrire cet article, je n’avais jamais vraiment pensé à quel point c’était un beau prénom. Maintenant, si j’avais une fille…
Les prénoms anciens à signification forte : un tableau pour s’y retrouver
| Prénom | Genre | Signification | Origine |
|---|---|---|---|
| Lucien | Garçon | Lumière | Latin (lux) |
| Apolline | Fille | Solaire | Grec (Apollon) |
| Félix | Garçon | Heureux | Latin |
| Célestine | Fille | Céleste, du ciel | Latin |
| Léandre | Garçon | L’homme-lion | Grec |
| Guenièvre | Fille | Blanc, lumineux | Gaélique |
| Ambroise | Garçon | Immortel | Grec |
| Sibylle | Fille | Prophétesse | Grec |
| Théodore | Garçon | Don de Dieu | Grec |
| Eulalie | Fille | Qui parle bien | Grec |
Quelques prénoms anciens injustement ignorés — mention spéciale
Odette. Du germanique « prospérité ». On la trouve chez Proust, chez Tchaïkovsky (le Lac des Cygnes). Odette — c’est un prénom qui a tout vécu et qui revient tranquillement. Pas encore dans les classements, mais ça bouge.
Edgar. « Lance et richesse » en germanique. Edgar Degas, Edgar Allan Poe. Court, sombre, élégant. Très rare aujourd’hui pour un garçon.
Blanche. Blanche de Castille, mère de Saint Louis, XIIIe siècle. Prénom royal, presque trop beau pour être donné à la légère. Extrêmement rare actuellement.
Marius. Latin, lié à la mer. Un prénom du Midi de la France par excellence — Pagnol l’a rendu immortel. Il revient doucement, surtout dans le Sud.
Et Sibylle, pour finir — les sibylles étaient les prophétesses de la Grèce antique. Un prénom qui porte une histoire de femmes-oracles, de paroles attendues, de sagesse transmise. Je trouve ça assez extraordinaire pour un prénom.
Comment choisir parmi tous ces prénoms anciens
Pas de méthode universelle. Franchement, c’est subjectif et ça restera subjectif. Mais quelques repères concrets :
- Dites-le à voix haute vingt fois. Si ça tient encore debout au bout de vingt fois, c’est bon signe.
- Regardez votre arbre généalogique. Les prénoms de famille ont souvent plus de sens que ceux trouvés sur une liste internet.
- Méfiez-vous des prénoms « trop » rares — pas pour éviter l’originalité, mais pour épargner à votre enfant dix ans d’explications laborieuses.
- Un diminutif possible, c’est souvent un atout : Théophile devient Théo. Ambroise devient Ambro ou Bro. Colette reste Colette. Guenièvre peut devenir Gwen.
Mais, au fond, la vraie question c’est : est-ce que ce prénom vous fait quelque chose quand vous le dites ? Est-ce qu’il y a un frisson, une image, un souvenir ? Si oui — c’est probablement le bon.
